Le Château de Valeyres

La première partie du 17ème siècle voit l’installation de plusieurs notables bernois dans le Pays de Vaud. Suite à la victoire sur la Savoie, ces Bernois rachètent des terres ou des biens immobiliers aux seigneurs vaincus. En 1630, la famille Manuel, qui appartient à la bourgeoisie patricienne de la Cité des ours malgré son patronyme latin, fait édifier une grande demeure à Valeyres-sous-Rances. De style typiquement bernois, la construction porte au-dessus de la porte d’entrée les initiales d’un maître-maçon accolées à la date de construction.
Une centaine d’années après son édification, le château change de mains. Il est transmis, par héritage, aux barons von  Bonstetten. Ces nobles figurent parmi les Bernois les plus influents de l’époque. Deux membres de la famille jouent un rôle important pour le canton de Vaud. Le premier, Charles-Victor von Bonstetten (1745-1832), occupe la charge de bailli de Nyon de 1787 jusqu’en 1793. Influencé par la philosophie des Lumières, il s’attire la sympathie de ses sujets, et en même temps la réprobation de la hiérarchie bernoise. Ecrivain et philosophe, il a notamment rédigé « Recherches sur les facultés de sentir » et « L’Homme du Midi ou l’Homme du Nord ou l’influence des climats ».

Charles-Victor von Bonstetten est fêté par les Vaudois comme vrai patriarche, toutefois il est retourné à Genève après 1805. Charles Hilty, Historien libéral de la République Helvétique l'a nommé "meilleur bailli“ de l'ancienne République, par ce qu'il s'est souvent opposé au Régime des Anciens. Après l'indépendance vaudoise, il habitera une période au Danemark, toutefois, il n'abandonne pas ses biens, à l’exemple du Château de Valeyres qui demeure occupé par sa femme et son fils. Ce dernier, prénommé Charles-David, y fait de grosses transformations. Il arrache les vignes attenantes à la maison pour les remplacer par un jardin romantique. Ce parc, inspiré de la « Nouvelle Héloïse », comprend plusieurs bassins reliés entre eux par des ruisseaux, une orangeraie, des bosquets d’ifs et une chaumière. Aujourd’hui tout a disparu à l’exception d’un tilleul, qui abrite la dernière demeure de la femme de Charles-Victor.
Aux alentours de 1820, la façade sud du château est transformée de fond en comble. La nouvelle structure s’inspire de la mode néo-classique en vogue à Genève où résident à l’année les von Bonstetten. Une grande loggia et des colonnades donnent un air italien à la vieille maison bernoise. Des aménagements intérieurs ont lieu à la même époque. Ils conduisent à la création d’un magnifique salon ovale ainsi que d’une bibliothèque. Malgré ces travaux, la résidence reste inhabitée pendant la plus grande partie de l’année. Elle sert de maison d’été et ferme ses volets après la période des vendanges.
Après Charles-Victor, le second grand homme de la famille est Gustave, fils de Charles-David. Archéologue éminent, il conduit de nombreuses fouilles en Suisse romande. Son flair lui permet d’exhumer les splendides mosaïques romaines d’Orbe. Etonnamment, lui qui découvre ces oeuvres antiques, manque de mettre à jour les étonnantes fresques qui tapissent son château !
En 2004, Marc-Antoine Morel transmet la propriété à ses fils, Abram, Romain et Benjamin et débutent alors de lourds travaux de rénovation du château.

 

Références:

Catherine Schmutz Nicod et Valentine Chaudet, Étude historique et architecturale du château de Valeyres-sous-Rances, "Maison Bonstetten", Service des bâtiments, monuments et archéologie de l'État de Vaud,‎ 2006

Edition Bonstettiana, Doris et Peter Walser-Wilhelm dres phil et h.c. 8953 Dietikon http://www.bonstettiana.ch/